22/12/2008

www.novethic.fr - 22 déc.08 : Portables : trop dangereux pour les enfants ? par Rouba Naaman

Une campagne d’information sur les dangers des ondes électromagnétiques, lancée par 10 ONG, remet sur le tapis l’utilisation des téléphones mobiles par les moins de 15 ans. Elle rappelle à cette occasion le manque de sensibilisation sur les risques liés à un usage excessif. La Mairie de Lyon a de son côté pris position, campagne d’affichage à l’appui : « Le portable avant 12 ans, c’est non ».


« TcherMobile ». La comparaison, plutôt crue, entre les ondes électromagnétiques et la fameuse catastrophe nucléaire, est faite pour choquer. C’est précisément ce que souhaitent les 10 ONG* auteurs de la campagne d’information sur les dangers des ondes électromagnétiques, dont le nom reflète leur inquiétude. « C’est un réel problème de santé publique occulté par les pouvoirs publics » s’insurge le professeur Belpomme, éminent cancérologue et président de l’ARTAC. Lancée le 16 décembre, en pleine période des achats de Noël, la campagne « Portables, antennes relais, wifi : un nouveau TcherMobile ? » a pour premier objectif la sensibilisation de la population sur les risques associés à une utilisation régulière des téléphones mobiles.
La démarche n’est pas excessive, compte tenu de l’opacité des connaissances sur le sujet. La ministre de la santé Roselyne Bachelot affirmait en décembre 2007 qu’aucune preuve de la dangerosité des portables n’est à ce jour disponible. Pourtant, nombreux scientifiques la contredisent aujourd’hui. Outre les résultats indiscutables du BioInitiative Working Group (voir article lié « Les téléphones portables à nouveau sur la sellette »), plusieurs études convergent vers une dangerosité avérée des ondes électromagnétiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même a publié en 2008 une étude accablante. Les utilisateurs fréquents de téléphones mobiles (plus de 22h de communication par mois) ont deux fois plus de risques de développer un cancer des glandes salivaires.


Le cerveau des enfants en ligne de mire
Concernant les enfants, le doute sur l’effet des ondes est encore plus mince. Le cerveau des petits, moins épais et plus fragile que celui des adultes, est d’autant plus perméable aux ondes. Une étude du professeur Om P. Gandhi de l’Université de l’Utah aux Etats-Unis l’a prouvé en 1996 déjà : le cerveau d’un enfant absorbe deux fois plus de rayonnements que celui d’un adulte. De même, le professeur Anton Kolodynski a démontré que les enfants qui utilisent des téléphones portables présentent plus de troubles de l’attention et de la mémoire que les autres. Les effets néfastes des ondes seraient divers : fatigue, insomnies, mais surtout cancers, pathologies de la reproduction et dommages neuronaux. « Chez le fœtus et l’enfant, les cellules se multiplient très vite. Une anomalie dans une cellule, provoquée par les ondes, entrainera beaucoup plus vite une tumeur » explique le professeur Belpomme.

Le danger des lignes à haute tension reconnu
Les effets négatifs des pylônes à haute tension sur la santé des animaux d’une exploitation agricole corrézienne ont été officiellement reconnus. Le tribunal de Brive-la-Gaillarde a condamné le Réseau de transport d’électricité (RTE, filiale d’EDF) à une amende de 396000 euros. Selon le jugement, « aucune cause pathogène n’a été mise en évidence » pour expliquer les maladies des truies, vaches et lapins de l’exploitation : désorientation, œdèmes, hémorragies, infécondité, voire tumeurs. La famille d’exploitants agricoles avait dû arrêter certains de ses élevages, et construire des locaux loin des lignes à haute tension.

Si l’appel du RTE est rejeté, le jugement pourrait faire jurisprudence dans les procès concernant les sensibilités aux champs électromagnétiques. Que répondent les autorités à de tels résultats ?

La Grande-Bretagne, depuis le rapport Steward, basé notamment sur les résultats du professeur Gandhi, déconseille l’utilisation des mobiles aux moins de… 15 ans.

En France en revanche, on est loin d’une prise de position nationale. Pour se prononcer sur la dangerosité des ondes électromagnétiques, les pouvoirs publics attendent d’avoir plus de preuves, par exemple les résultats de l’étude Interphone. Problème : ils sont attendus depuis 2003. « Attendre ces conclusions, c’est une bonne excuse pour ne pas prendre position » accuse Janine Le Calvez, présidente de Priartém. La loi française n’interdit pas la vente des mobiles aux enfants, Roselyne Bachelot ayant refusé en janvier 2008 la demande en ce sens des associations Agir pour l’environnement et Priartém. « On nous a répondu qu’il était difficile de mettre en place une telle mesure » raconte Janine Le Calvez.

De leurs côtés, les opérateurs, qui ne se sont pas encore exprimés concernant la campagne TcherMobile, se défendent tant bien que mal. Se fondant sur les études de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et de l’Association française pour la sécurité sanitaire environnementale (AFSSE), ils justifient la position du gouvernement français. Par le biais de l’Association française des opérateurs mobiles (AFOM), ils précisent cependant qu’ils appliquent les recommandations de l’Afsset : délivrance d’une oreillette avec chaque téléphone, et limitation des opérations marketing en direction des enfants. « On trouve pourtant dans leurs boutiques des offres destinées aux moins de 15 ans » précise Stéphen Kerckhove, délégué général de l’association Agir pour l’environnement. Tout dépend donc de la tranche d’âge que couvre le terme “enfant”. Aujourd’hui, 72% des 12-14 ans possèdent un portable.

Une charte moins stricte que la loi ?
Dans la cadre du Grenelle de l’environnement, le projet de loi d’application prévoit cependant l’interdiction de vendre de portables aux moins de 6 ans, et l’interdiction de promouvoir la téléphonie mobile auprès des moins de 12 ans. Depuis, le dossier est discrètement passé des mains des ministères de la santé et de l’écologie à celles du secrétariat d’Etat à l’économie numérique. Un changement de stratégie « pas anodin » pour Stéphen Kerckhove. « Aujourd’hui, Eric Besson négocie avec les opérateurs de téléphonie mobile une charte qui interdirait la vente aux moins de 3 ans ! ». Une charte qui serait donc moins restrictive… que la loi.

Lorsqu’elle était encore en charge du dossier, la ministre de la santé avait écarté l’idée d’une campagne de sensibilisation sur les dangers du portable pour les enfants. Un projet d’information sur le bon usage du portable serait aujourd’hui en préparation, du côté du secrétariat d’Etat à l’économie numérique.

La mairie de Lyon, elle, a pris les devants, avec une campagne d’affichage indiquant « Le portable avant 12 ans, c’est non ».

A l’inverse, à Paris, les réclamations des associations sont moins prises en compte. Le syndicat parisien des bibliothécaires Supap-FSU réclame l’interdiction du WiFi notamment dans les espaces jeunesse des bibliothèques, et la reconnaissance des maux des salariés victimes des ondes électromagnétiques.

« L’un des problèmes majeurs, c’est la disparité des citoyens devant l’information » regrette Stéphen Kerckhove. « Puisque l’Etat refuse de faire le travail de sensibilisation indispensable, nous nous y substituons ».

Dans le cadre de la campagne TcherMobile, les 10 ONG associées distribueront à leurs réseaux un document de quatre pages informant la population sur les dangers potentiels de la généralisation du sans-fil. Il fournit également une liste de recommandations pour réduire son Exposition aux champs électromagnétiques. « Au nom du principe de précaution » justifie le professeur Belpomme.

* Agir pour l’environnement – Pour une réglementation des implantations d’antennes relais de téléphonie mobile (Priartem) – Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC) – La Confédération syndicale des familles (CSF) – Les Amis de la terreLa Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) – La Ligue de l’enseignementAction consoLe Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes-Fédération syndicale unitaire (Supap-FSU) – Silence.
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- Le Dauphiné Libéré - 24 déc.08 - Les moins de douze ans sont-ils trop jeunes pour avoir un portable ?
"Portables, antennes relais, wifi : un nouveau TcherMOBILE ? ". Avec un intitulé pensé pour frapper les esprits, dix associations ont lancé il y a quelques jours une grande campagne de sensibilisation aux risques sanitaires générés par une utilisation prolongée du portable. Des risques qui seraient encore plus importants pour les enfants, surtout âgés de moins de douze ans.

72 % des 12-14 ans équipés d'un portable
Cette campagne, elle n'a pas été lancée au moment des fêtes de façon anodine: l'idée est de mettre en garde les parents qui offriront comme cadeau de Noël à leur enfant un portable. Ce qui semble se faire de plus en plus, comme on le note presque unanimement dans les boutiques de téléphonie mobile gapençaises. Mais, si chez SFR ou Orange, on indique « vendre plus de téléphones pour Noël qu'avant, notamment à des parents pour leur enfant », au Club Bouygues, on ne note pas spécialement de surcroît de vente de portables à destination des jeunes : « c'est toute l'année, et particulièrement en septembre et octobre au moment de la rentrée ». Unanimes aussi, les commerçants spécialisés, sur l'âge approximatif  à partir duquel les parents équipent leurs enfants d'un portable : « c'est souvent au moment de l'entrée en collège, quand ils prennent plus d'indépendance, ou alors vers 13 ou 14 ans ».
A priori, donc, peu de jeunes enfants se retrouvent en possession d'un téléphone mobile. Mais il y en a: 18 % des écoliers seraient dans ce cas, contre 72 % des 12-14 ans.
"Le portable avant 12 ans, c'est non !"
12 ans, c'est justement l'âge charnière mis en avant par les associations à l'origine de la campagne contre l'utilisation du portable par les enfants. Et par la ville de Lyon, première municipalité à afficher sur ses murs sa conviction dans le domaine à l'aide du slogan "le portable avant 12 ans, c'est non !"
En effet, selon la vingtaine d'experts signataires d'un appel à une utilisation raisonnée (lire par ailleurs), "les organes en développement (donc du foetus et de l'enfant) sont les plus sensibles à l'influence possible de l'exposition aux champs électromagnétiques".

"Le consensus existe aujourd'hui pour constater la vulnérabilité toute particulière des enfants."
Selon une étude récente de l'Université de Porto Allègre, le cerveau d'un enfant absorbe 60 % de radiation de plus que celui d'un adulte. La boîte crânienne d'un enfant, d'un volume plus petit, reçoit plus et plus profondément les ondes du portable », précisent les associations engagées dans la campagne.

« C'est enfin un sujet qui émerge sur la place publique »
Parmi elles figure la Ligue de l'enseignement, dont Denis Lebioda est le chargé de mission pour les Alpes du Sud. Il explique : « on est dans une situation de lanceurs d'alerte, c'est enfin un sujet qui émerge sur la place publique ». Lui-même sait de quoi il parle, puisqu'il est électro-sensible : « j'ai déménagé de la région parisienne au Champsaur pour cette raison. Chaque fois que j'allais dans des endroits perdus, ça allait mieux. Mais aujourd'hui, c'est difficile d'échapper aux ondes électro-magnétiques: une seule demi-journée à Gap, ça veut dire deux jours d'arrêt complet après ».
POUR EN SAVOIR PLUS
Une réunion publique est prévue à Gap le 13 février prochain autour des "antennes relais et leur conséquences" avec notamment l'intervention du Dr Pierre Souvet, cardiologue à Aix-en-Provence et président de l'association Santé Environnement Provence, de la vice-présidente et du Dr Patrice Halimi. Le thème de la téléphonie mobile sera aussi discuté.

REPÈRES

CHIFFRES : La France compte 55,7 millions d'abonnés au téléphone mobile, soit un taux de couverture avoisinant les 90 % de la population française.
Un abonné utilise chaque mois son portable en moyenne deux heures et demie et envoie une quarantaine de SMS.

FRÉQUENCES : Trois bandes de fréquence sont utilisées dans la téléphonie mobile : le 900 MHz et le 1800 MHz (dédié à la transmission de données orales) et le 2100 MHz (numériques). Le WiFi, nouvelle application dont l'utilité est d'éliminer les fils reliant les bornes Internet aux ordinateurs et autres périphériques, fonctionne sur une fréquence supérieure, de 2450 MHz.

LES ASSOCIATIONS EN CAMPAGNE : Sont engagées dans la campagne de sensibilisation et de mobilisation citoyenne "Portables, antennes relais, wifi : un nouveau TcherMOBILE ? ", les associations suivantes : Agir pour l'environnement, PRIARTéM, Artac, FCPE, CSF, Ligue de l'enseignement, les Amis de la Terre, Action Consommation, Supap-FSU et Silence. Cette campagne est composée d'un "quatre pages" et de trois cartes-pétitions ciblant les ministres de l'Ecologie, de la Santé et de l'Education nationale.

Adeline TAUPIN
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